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Atlantico – 28/09 – Henri GUAINO : « Avec la crise, le gaullisme est plus que jamais d’actualité »

Henri Guaino, Michèle Alliot-Marie, Bernard Accoyer et d’autres élus UMP défendent leur motion « gaulliste » en vue du congrès de l’UMP. La question de la place de la France au sein de l’Europe est un point central de leur philosophie.

Atlantico : Avec Michèle Alliot-Marie, Bernard Accoyer et d’autres parlementaires, vous défendez une motion gaulliste, en vue du congrès de l’UMP en novembre. Quelles sont vos valeurs et vos propositions ?

Henri Guaino : C’est très simple : notre motion fait explicitement référence au gaullisme. C’est une prise de position pour l’avenir : nous aurons des débats sur le rôle de l’État, sur la place de la nation, sur la souveraineté du peuple par rapport aux corps intermédiaires, sur l’Europe. Il y a la des lignes de partage qu’il faudra surmonter.

Se référer au gaullisme a-t-il toujours un sens aujourd’hui, dans une économie ouverte et mondialisée ?

Cette question est assez amusante : on ne la pose jamais à des libéraux, dont l’idéologie date de la fin du XVIIIe siècle. Il en va de même pour le socialisme. On fait toujours un procès en « ringardisme » ou en  « passéisme » au gaullisme, alors que dans les grandes idéologies politiques, elle est la plus récente, puisqu’elle date seulement du XXe siècle. Le gaullisme est plus compliqué à cerner car ce n’est pas une doctrine ou une religion. Il n’ y a pas de « catéchisme » du gaullisme.

Le gaullisme est une histoire, celle du général de Gaulle, de 1940 à son départ du pouvoir en 1969. On est gaulliste lorsqu’on pense que cette histoire à encore une signification morale et politique aujourd’hui. Pour ma part, je pense que c’est le cas, et encore plus depuis la crise. Vous croyez vraiment que dans le monde d’aujourd’hui, l’État n’a plus sa place ? Vous croyez vraiment que l’idée qu’il n’a plus aucun moyen d’action, qu’il ne peut plus rien, qu’il ne fait plus rien, est une idée raisonnable ? Quel sera l’instrument de la volonté collective s’il n’ y a plus d’État ? A part l’Europe, y a-t-il une seule région du monde où on s’acharne à détruire l’État ?

On sort de trente ans durant lesquels on nous a expliqué qu’il fallait un État minimum recentré sur ses fonctions régaliennes. Mais lorsque Nicolas Sarkozy sauve Alstom, ce n’est pas une fonction régalienne… Je crois que la crise a fait renaître l’idée d’État. On peut avoir différentes conceptions de l’État : une conception bureaucratique et envahissante, omnipotente, mais également une conception républicaine d’un État ayant une autorité, étant capable d’intervenir lorsqu’il le juge nécessaire. L’État gaulliste, l’État des « Lumières » peut être entrepreneur et porteur d’espoir ! L’État doit être capable d’intervenir lorsque l’intérêt du pays est en cause. Le gaullisme, c’est le refus du laisser-faire. L’affirmation de la volonté politique, de sa primauté sur tout le reste. La politique de la France ne doit pas se faire à la corbeille comme disait le général de Gaulle. Les marchés ne doivent pas décider à la place des peuples. Cela n’a jamais été autant d’actualité depuis que la crise a démontré la catastrophe où nous menait l’abdication des politiques devant la toute puissance des marchés.

De même, l’idée de nation, défendue par la général de Gaulle, n’a jamais été autant d’actualité. A part en Europe, connaissez-vous un endroit où on essaie d’effacer la nation ? Dans le monde entier, les nations s’affirment ou se ré-affirment. Elles protègent leurs frontières, leurs emplois. Certes, il y a plusieurs conception de la nation : la conception fermée, étriquée, nationaliste, mais aussi une conception généreuse, avec la nation comme destinée généreuse, collective. On va aussi avoir des débats sur l’unité et l’indivisibilité de la République. Nous sommes contre le communautarisme, les féodalités. Je suis contre une décentralisation qui veut faire émerger des principautés.

Le général de Gaulle, adepte d’une politique keynésienne et soucieux de l’indépendance de la France, aurait-il accepté le carcan budgétaire et la perte de souveraineté que le traité budgétaire européen impose à la France ? 

Je me refuse à imaginer ce que le général de Gaulle aurait fait s’il était encore vivant. Ne faisons pas parler les morts. Maintenant, si vous me demandez, à moi, si je trouve raisonnable de faire des politiques d’austérité à tout va en pleine récession,  je vous répondrais non. Pour autant, le traité budgétaire n’est pas un carcan, pas plus que ne l’était le traité de Maastricht, auquel j’ai pourtant voté « non ». Le nouveau traité n’implique aucun abandon, aucun transfert  de souveraineté. C’est ce que Nicolas Sarkozy s’était acharné à préserver lorsqu’il l’a négocié avec Angela Merkel. Le Conseil constitutionnel l’a confirmé, la Cour de Karlsruhe aussi. Il n’ y a pas d’abandon de souveraineté. François Hollande, qui nous expliquait que c’était un abandon de souveraineté et qu’il ne le ratifierai pas, nous explique aujourd’hui que ce n’est pas un abandon de souveraineté et qu’il faut le ratifier tel quel.

« L’action, ce sont les hommes au milieu des circonstances. » (Charles de Gaulle)